Halte à la guerre contre l’Iran menée par «Donald le roi fou»
Cette guerre est une folie de Trump, mais aussi une honte pour le Congrès qui ne l’a pas empêchée
Lettre ouverte aux membres du Congrès américain par Jeffrey D. Sachs,* Etats-Unis
Chers membres du Congrès,
Dans des propos véritablement délirants adressés aux dirigeants mondiaux à l’ONU, Donald Trump1 a déclaré: «J’ai une décision importante à prendre», à savoir s’il faut négocier un accord avec l’Iran ou, au contraire, «anéantir la République islamique» et précipiter l’Iran «en enfer sans aucune chance de survie».
Gabriella C. Marino)
Il a présenté cela comme un choix personnel. Le fait que le peuple américain soit farouchement opposé à la guerre de Trump n’a aucune importance. Quant aux électeurs, il a ajouté qu’il n’accordait «absolument aucun crédit» aux prochaines élections de mi-mandat2 pour décider de ses actions et du sort de l’Iran.
Rien ne lie ce président. Il n’est lié ni par la loi, ni par la Constitution, ni par la Charte des Nations Unies, ni par l’opinion publique nationale ou internationale. Lorsqu’on lui a demandé en début d’année s’il y avait des limites à son pouvoir, il a répondu:3 «Oui, il y en a une. Ma propre morale. Mon propre esprit. C’est la seule chose qui puisse m’arrêter.»
Trump a ouvert son discours en évoquant le 250e anniversaire de la Déclaration d’indépendance, saluant la liberté américaine. Le fait est que l’autoritarisme4 de Trump dépasse de loin celui du roi George III, contre lequel les colonies se sont rebellées. Parmi les accusations portées par les fondateurs contre le «roi fou George», figurait celle-ci: «Il a cherché à rendre l’armée indépendante du pouvoir civil et supérieure à celui-ci.» Pourtant, notre propre roi fou a décidé que la survie de toute une civilisation reposait uniquement entre ses mains.
de la paix. (Photo www.britannica.com)
Trump est enhardi dans son mépris du Congrès parce que les membres républicains de celui-ci ont abdiqué leurs responsabilités constitutionnelles, terrifiés par leur propre président, et ont trahi leurs électeurs au profit des gains de campagne provenant de l’AIPAC5 et du complexe militaro-industriel.6
La Constitution est sans ambiguïté quant à la responsabilité du Congrès. L’article I, section 8, attribue au Congrès, et non au président, le pouvoir exclusif de déclarer la guerre. Ce n’est ni un choix ni une option. La Constitution ne dit pas que le Congrès peut faire le mort et laisser le président déclarer la guerre. Les Pères fondateurs ont fait ce choix délibérément, car ils rejetaient explicitement le pouvoir d’un roi de mener la nation à la guerre.
Dans le «Fédéraliste n° 69», Hamilton a assuré au public que les pouvoirs de guerre du président seraient bien moindres que ceux du monarque britannique. Madison a clairement énoncé ce principe dans une lettre adressée à Jefferson en 1798: «La Constitution part du principe, comme le démontre l’histoire de tous les gouvernements, que le pouvoir exécutif est la branche du pouvoir la plus intéressée par la guerre et la plus encline à y recourir. C’est pourquoi elle a, avec un soin minutieux, confié la question de la guerre au pouvoir législatif.»
La conception minutieuse des Pères fondateurs a été bouleversée en raison de la soumission anticonstitutionnelle des membres républicains du Congrès à Trump et au complexe militaro-industriel-numérique. Et oui, sous les présidents démocrates, la plupart des membres démocrates du Congrès ont également fermé les yeux lorsque ces présidents ont choisi d’entrer en guerre.
La guerre contre l’Iran est la folie de Trump, mais aussi la honte du Congrès qui n’a pas su l’empêcher. C’est une guerre sans objectif qui a causé des souffrances massives en Iran, entraîné des dépenses directes de plusieurs dizaines de milliards de dollars et infligé des dégâts colossaux aux bases militaires américaines dans huit pays du Moyen-Orient.
La fermeture du détroit d’Ormuz a fait monter en flèche les prix mondiaux et américains du pétrole,7 du gaz, des engrais et de bien d’autres produits. Et le monde a bien pris note que l’Iran est capable de tenir tête à l’agression américaine, même au prix de grands sacrifices pour le peuple iranien et la région.
Le champ de bataille de l’IA tant vanté par les Etats-Unis a été démasqué de la manière la plus effroyable qui soit. Dès le premier jour de la guerre, un missile américain a frappé une école primaire de filles, tuant plus de 150 personnes, pour la plupart des filles âgées de sept à douze ans; l’enquête menée par l’armée elle-même aurait conclu qu’un recours excessif à l’intelligence artificielle8 avait contribué au choix de cette cible. Trump a rejeté la responsabilité sur «l’Iran ou quelqu’un d’autre», et sept mois plus tard, l’administration n’a présenté aucun rapport d’enquête, n’a présenté aucune excuse et n’a versé aucune indemnisation aux familles.
La menace du président d’anéantir un Etat membre des Nations Unies, proférée depuis la tribune de l’Assemblée générale, a humilié Trump aux yeux du monde entier. Elle a également violé l’article 2, paragraphe 4, de la Charte des Nations unies, qui interdit même la menace de recourir à la force contre un autre Etat. Presque le monde entier est consterné.
Je vous écris parce que vous ne pouvez pas vous contenter de détourner le regard face à l’imprudence de Trump et de secouer la tête en silence. Vous avez un travail à faire, alors faites-le.
Le Parti républicain,9 qui fait preuve de lâcheté, doit trouver ne serait-ce qu’un minimum de courage pour dire à Trump: «Non, vous n’avez pas le pouvoir de détruire l’Iran. Toute guerre contre l’Iran dépend de nous, et nous ne vous soutenons pas; nos électeurs veulent que cette guerre cesse.»
Une nette majorité d’Américains s’oppose à cette guerre, et sondage après sondage, on constate que l’opposition à la guerre ne cesse de croître. Quelques républicains10 ont trouvé ce courage. La semaine dernière, trois autres républicains ont rompu les rangs pour soutenir la fin de la guerre. Leurs collègues devraient suivre leur exemple.
Beaucoup d’entre vous reçoivent des dons de campagne électorale de la part d'entreprises du secteur de l'armement et des technologies11 profondément impliquées dans la guerre. Beaucoup d’entre vous acceptent de l’argent de l’AIPAC,12 qui défend la guerre que Netanyahu a tant contribué à déclencher. Cela doit cesser, car il s’agit d’un manquement à votre devoir constitutionnel et d’une violation de votre serment.
Le Congrès détient le pouvoir budgétaire. L’exercice fiscal se termine le 30 septembre, et chaque projet de loi finançant le Pentagone13 est pour vous l’occasion d’interdire le financement d’opérations offensives non autorisées contre l’Iran.
La voie à suivre pour les Etats-Unis est simple. Le Congrès doit couper le financement, et les Etats-Unis doivent mettre fin à toute nouvelle attaque et rentrer chez eux. Nous n’avons besoin d’aucun accord avec l’Iran ni avec qui que ce soit d’autre pour mettre fin à la guerre que nous avons déclenchée. En mettant fin à cette guerre, vous rétablirez immédiatement un certain bon sens et une certaine sécurité sur les marchés énergétiques mondiaux, dans l’approvisionnement alimentaire et au niveau des prix auxquels sont confrontés les Américains et les autres peuples du monde.
Quel déclin pour l’Amérique depuis ce moment glorieux où John F. Kennedy se tenait sur cette même tribune à l’ONU le 20 septembre 1963, après avoir négocié le Traité d’interdiction partielle des essais nucléaires avec l’Union soviétique. Il avait déclaré aux dirigeants réunis que ce traité pouvait servir de levier; et on raconte qu’Archimède, en expliquant les principes du levier, aurait déclaré à ses amis: «Donnez-moi un point d’appui, et je soulèverai le monde.»
Mes chers concitoyens de cette planète: prenons position ici, au sein de cette Assemblée des nations. Et voyons si, à notre époque, nous pouvons mener le monde vers une paix juste et durable.
Membres du Congrès, pour sauver l’honneur de notre nation et de notre Constitution, vous devez faire votre devoir pour mettre fin à cette guerre et mettre un terme à la mainmise effrontée, destructrice et anticonstitutionnelle de Trump sur le pouvoir.
Respectueusement,
Jeffrey D. Sachs, professeur d’université,
Université de Columbia
| * Jeffrey D. Sachs, professeur à l'Université Columbia, est directeur du Centre pour le développement durable de l'Université Columbia et président du Réseau des solutions pour le développement durable des Nations Unies. Il a été conseiller auprès de trois secrétaires généraux des Nations Unies et occupe actuellement le poste de défenseur des ODD auprès du secrétaire général António Guterres. |
Source: https://www.commondreams.org/opinion/end-trump-s-iran-war, 23 septembre 2026
(Traduction «Point de vue Suisse»)
1 https://www.commondreams.org/tag/donald-trump
2 https://www.commondreams.org/tag/midterm-elections
3 https://www.nytimes.com/2026/01/08/us/politics/trump-interview-power-morality.html
4 https://www.commondreams.org/tag/authoritarianism
5 https://www.commondreams.org/tag/aipac
6 https://www.commondreams.org/tag/military-industrial-complex
7 https://www.commondreams.org/tag/oil
8 https://www.commondreams.org/tag/artificial-intelligence
9 https://www.commondreams.org/tag/republican-party
10 https://www.commondreams.org/tag/republicans
11 https://www.commondreams.org/tag/technology